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130e année

Jean-Sébastien Lefèvre

Un parcours qui assure

Portrait de Jean-Sébastien Lefèvre Nadine Champenois

Jean-Sébastien Lefèvre est un startuper au profil atypique. C’est à l’âge de 39 ans, après deux premières expériences en tant qu’entrepreneur, qu’il a créé en 2019 la start-up Vasa. Avec son équipe, il met ainsi à disposition des chefs d’entreprise des compétences et des outils innovants pour optimiser les assurances collectives de leurs salariés. Passionné par l’histoire, le Cambrésien d’origine avait, au début des années 2000, opté finalement pour des études de droit. « J’ai ma famille dans le droit et j’ai trouvé que cela avait un intérêt parce que je voulais comprendre le fonctionnement des règles de vie en société », explique-t-il.

Après trois ans à la Fac de Droit de Troyes, sa réticence à apprendre par cœur l’incitera à devenir autodidacte : « Globalement, toutes mes compétences, je me suis débrouillé pour les apprendre seul ». En 2002, Jean-Sébastien Lefèvre entre dans la vie active en devenant commercial indépendant (VDI, Vendeur à domicile indépendant). Avant de devenir syndic de copropriétés en 2005. « Mes années de droit m’ont été utiles et je me suis en outre beaucoup auto-formé. J’étais assez content car en quatre ans, j’ai obtenu quatre promotions. Mais je me suis ennuyé en me disant que, à un peu moins de trente ans, j’étais arrivé à un statut dans lequel je risquais de végéter », se souvient-il.

GESTION PATRIMONIALE

En 2010, tenté à nouveau par l’aventure entrepreneuriale, il devient agent général d’assurances (prévoyance et patrimoine) pour AXA à qui il revendra son portefeuille en 2014. Avant de devenir salarié pour Aesio, un grand groupe mutualiste. « J’ai créé également ex nihilo un portefeuille dans le domaine de l’assurance au profit des travailleurs indépendants, des entreprises et des salariés. Et ce, avec une marque pas du tout connue dans le département de l’Aube », se félicite l’ancien commercial. En 2016, soit un an après son entrée dans cette entreprise de 1 200 personnes, il est désigné comme secrétaire du CHSCT (Comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail) : « Ce sont des élus qui négocient avec les employeurs pour s’assurer que, effectivement, le cadre de travail soit en parfaite sécurité et conforme aux besoins des uns et des autres », explique le dynamique entrepreneur, tout en soulignant l’importance de cette expérience dans son parcours.

« Nous avons développé une nouvelle offre, consistant à être mandataire en protection sociale »

Ces expériences professionnelles le conduisent ainsi à observer les problématiques métier au niveau des TPE et PME : « La protection sociale est devenue un sujet à la fois extrêmement pénible pour nos chefs d’entreprise – dans le sens où ils ne sont pas armés pour pouvoir comprendre et négocier ce type de contrat – et en même temps c’est un sujet obligatoire de par la loi et qui devient de plus en plus prégnant, notamment avec la crise de la Covid. Et quand on parle de métiers sous tension, avec des difficultés pour embaucher des gens, ce sont des éléments qui font partie de la rémunération et qui sont appréciés et permettent de révéler les vraies valeurs d’une entreprise. Ce sont des sujets sur lesquels il y a un besoin, mais ils ne sont pas en capacité d’y répondre ». L’idée de créer la start-up Vasa germera de ce constat.

CRÉATION DE LA START-UP VASA

Au départ, le but était de proposer les services d’un courtier digitalisé. Ce principe consiste à consulter un maximum et trouver des outils pour être le plus rapide possible dans l’analyse des documents et d’apporter les meilleures solutions du marché au chef d’entreprise, tout en restant extrêmement simple dans la rédaction des documents remis. Puis le projet a évolué : « On a découvert que, concrètement, le problème rencontré par les chefs d’entreprise n’est pas tant l’optimisation des prix que la partie venant juste après la mise en place des garanties, à savoir le cadre légal. Nous avons alors développé une nouvelle offre, consistant à être mandataire en protection sociale », précise le dynamique CEO (Chief executive officer) de Vasa.

En clair, les chefs d’entreprise peuvent demander à la start-up auboise de s’occuper de la question de la protection sociale de leurs collaborateurs (gestion des entrées, sorties, optimisation de prix). « Ils nous délèguent ce dossier et nous nous assurons qu’ils soient en conformité avec leur convention collective et des éventuels contrôles URSSAF », résume Jean-Sébastien Lefèvre avant d’ajouter : « Sur ce marché-là, on veut être reconnu comme l’acteur le plus à même d’apporter des solutions aux TPE et PME ».

LABEL JEUNE ENTREPRISE INNOVANTE

Deux ans seulement après sa création, Vasa est labellisée Jeune Entreprise Innovante, une des grandes fiertés de l’équipe. « Pour aller plus loin qu’une innovation d’usage, on a vraiment une équipe de chercheurs et on investit vraiment dans la R&D pour pouvoir utiliser le meilleur de la technologie pour les mettre à la disposition de nos décisionnaires », fait valoir le passionné. Automatiser toutes les tâches non rentables permet aux équipes de consacrer du temps au relationnel pour solutionner les problèmes les plus spécifiques. Créer du sens pour chacun fait partie des priorités du dirigeant aubois. « L’idée est de faire en sorte qu’ils viennent bosser parce que ça les éclate. J’ai la chance d’être entouré de gens qui s’impliquent », lance- t-il.

« Nous souhaitons également casser les codes au niveau RH. »

La mise en place d’un actionnariat salarié fait également pencher la balance du bon côté. Et l’entreprise ne rencontre pas de problème de recrutement. « Nous étions douze personnes il y a un mois, nous sommes quinze aujourd’hui et nous serons probablement vingt à la fin de l’année. On est contents d’avoir créé pas mal d’emplois sur la commune de Piney », glisse-t-il. « Ce qui fait peut-être aussi ce que je suis c’est que je suis par ailleurs le papa de deux enfants, absolument magnifiques mais qui souffrent de troubles autistiques. C’est une des raisons aussi pour lesquelles on se bagarre au quotidien avec mon épouse, qui travaille également au sein de Vasa », explique Jean-Sébastien. Et de confier que cette aventure entrepreneuriale permet en outre d’ouvrir des perspectives pour les enfants.

Parmi les objectifs à moyen terme du dirigeant de Vasa figure celui de devenir le premier courtier en assurance de personnes, un marché représentant plus de dix milliards d’euros de cotisations par an. « Nous souhaitons également casser les codes au niveau RH. On expérimente des choses, on voit que ça marche. Cela permet aux gens de se sublimer, d’être bien, d’avoir envie de passer du temps ensemble. On a envie de grossir pour montrer qu’on a la possibilité de faire quelque chose de différent au niveau des Ressources Humaines ».

Nadine Champenois