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130e année

Emelyne Palmot-Antiope

Du centre spatial de Kourou à l’épicerie fine

Portrait de Emelyne Palmot-Antiope
Portrait d’Emelyne Palmot-Antiope

Elle a fait un tabac lors de la sixième édition du Trophée des Entreprises organisé par Ardenne Métropole en étant deux fois lauréate dans les catégories « commerce » et « coup de cœur ».

Et cela, six mois seulement après l’ouverture du magasin d’épicerie fine, « Sandwich Amazonia », à Charleville-Mézières. Un commerce où cette guyanaise valorise les spécialités culinaires de sa terre natale « que beaucoup de gens ici ne connaissent pas ». Emelyne Palmot-Antiope y propose des produits faits maisons de sa terre natale. Des confitures de différents parfums dont une à la fleur d’hibiscus, des pâtes de piment, des sirops, du punch (dont le planteur), du poivre, du miel, de la prune de Cythère, des accras de morue, des bananes plantins, des tartelettes à la patate douce, au lait de coco ou à la goyave et des bakabanas à la sauce cacahuète. Sans oublier les desserts : galettes créoles à la crème, sablés créoles, dizé-mélé. Mais aussi une carte fixe avec des suggestions quotidiennes originales (le colombo ou le bouillon d’Awara entre autres) ainsi que des sandwiches, à la morue, aux crevettes, au bœuf et au poulet boucané. « Des choses qu’on ne retrouve nulle part ailleurs que chez moi. C’est du « made in Guyane » à 100 %. Ma manière de faire voyager ma clientèle sans se déplacer », précise Emelyne, ravie de faire découvrir tout l’exotisme de « sa » Guyane.

« Etre ainsi à mon compte, c’était l’objectif de ma vie. Initialement, je ne l’avais pas imaginé dans un métier de bouche mais lorsque j’ai été obligée d’opérer une reconversion, c’était presque une évidence que ce serait à travers la cuisine. Pour cette étape essentielle de mon existence, j’ai donc opté pour une activité ancrée dans ma culture et mon éducation et qui évoquait chez moi des souvenirs familiaux emplis de convivialité, de chaleur humaine, de partage et de regroupement ». C’est au lycée hôtelier de Bazeilles, de 2016 à 2019, que la jeune femme a passé toute sa formation (CAP, Bac Pro, mention complémentaire) avant de compléter ses connaissances par différentes missions professionnelles.

CHANGEMENT DE VIE

« Pour basculer dans cette autre vie, ce qui était un bouleversement total pour moi, et avancer efficacement dans mon projet, j’ai aussi bénéficié du soutien de la CCI des Ardennes qui m’a épaulé dans mon business plan ». Dans une vie antérieure, Emelyne Palmot-Antiope se destinait pourtant à un tout autre avenir. Celui de… contrôleur-soudeur. Attirée dès sa prime jeunesse par tout ce qui était manuel, en regardant le plus souvent travailler son cousin, elle a très vite décroché un BEP installations sanitaires thermique et plomberie au lycée Max-Joséphine de Cayenne. « Je ne voulais pas m’arrêter là et, en 2002, je suis partie en Métropole pour me perfectionner dans cette spécialité au lycée professionnel de Sevran où j’ai obtenu presque naturellement un bac pro, option structure métallique chaudronnerie ».

« Ma vie n’a pas été un long fleuve tranquille, ça n’a pas été toujours facile. Mais je me suis nourrie de ces rebondissements qui m’ont appris à anticiper et à gérer pour avancer et aller au bout de mes envies. »

Désireuse d’aller encore plus loin dans cette discipline, Emelyne débarque à Charleville-Mézières pour passer le BTS au lycée Bazin où elle fut l’unique fille à suivre cette filière. Revenant ensuite à la soudure en passant par le CFAI, elle aura alors l’occasion de travailler en alternance à Atom Sodery à Tournes où elle fera son apprentissage sur le tas. De retour en Guyane pour y passer ses vacances, Emelyne va avoir l’opportunité de toucher son rêve : travailler au centre spatial guyanais à Kourou. « J’ai été approchée par le sous-traitant italien Societa Italiana di Ingéniera qui me proposait de m’embaucher pour effectuer de minutieuses soudures sur les différents pôles de la base spatiale. Une vraie fierté pour moi de travailler au pays même si ce boulot était compliquée en raison de la chaleur ». Malheureusement, un accident du travail survenu sur place la contraint à clore cette expérience au bout d’un an. « J’ai eu beaucoup de mal à accepter ce coup du sort. Je suis alors repartie dans les Ardennes pour soigner ma main meurtrie mais la sentence est tombée suite à des analyses médicales plus approfondies : il fallait mettre un terme à ma passion pour la soudure et me résoudre à basculer et rebondir vers autre chose ».

CAP VERS LA CUISINE

Après ce gros pépin et pour oublier cet accident de la vie, elle teste différentes voies en suivant la formation « Emergence » au GRETA , en passant le concours d’aide-soignante ou en essayant le toilettage pour chiens. Avant de se lancer dès 2016 dans le milieu de la cuisine, « quelque chose que j’avais l’habitude de faire quotidiennement ». Un total changement de cap qui l’amènera à parfaire son registre en œuvrant dans différents établissements carolomacériens, comme commis de cuisine, serveuse et apprentie de cuisine.

Dotée ainsi d’une solide expérience et de sa mention complémentaire traiteur décrochée en juin 2019 au lycée hôtelier de Bazeilles, Emelyne décide enfin, après un stage de trois mois à Pole Emploi pour développer ses aptitudes à la gestion et la manière d’entreprendre, de voler de ses propres ailes en ouvrant sa propre enseigne. « Ma vie n’a pas été un long fleuve tranquille, ça n’a pas été toujours facile. Mais je me suis nourrie de ces rebondissements qui m’ont appris à anticiper et à gérer pour avancer et aller au bout de mes envies. Et je n’ai aucun regret même si à un moment de mon existence, je n’ai pas été maître de mon destin », révèle la Guyanaise en récapitulant son parcours atypique. Un tracé aussi balisé par la pratique du basket (joueuse à l’ASPTT, bénévole à l’Etoile), de la course à pieds (deux Sedan-Charleville à son compte), la pratique de la danse et des succès en Guyane dans des concours de chant où elle excellait dans le zouk.

Pascal Remy