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130e année

David Leroy

Entrepreneur des entrepreneurs

Dans le champ de l’économie sociale et solidaire, David Leroy a trouvé son terrain de prédilection pour entreprendre. Jacques Rivière

L’imagerie populaire - un rien stéréotypée ! - suggère que les petites filles veulent devenir coiffeuses et les petits garçons pompiers. Pour une fois, on se réjouira d’en avoir trouvé un modèle masculin quasi représentatif puisqu’à l’heure du Bac, David Leroy a effectivement passé le concours des Sapeurs-Pompiers de Paris. Au-delà du prestige indéniable de ce corps d’élite, on identifiera déjà dans la tentative une évidente propension à se mettre au service des autres. Tentative, en effet, « car dans ma décontraction adolescente, je n’avais pas bien compris qu’il fallait travailler pour passer ce genre d’épreuve », reconnaît David.

Baccalauréat quand même en poche, il s’engagera dans un BTS Force de vente en alternance au sein d’une entreprise marnaise d’assurance. Voilà comment, de son propre aveu, il est passé de « glandeur lycéen à major de promo ». Le principe ne lui déplaisant pas, il enchaîne, toujours en alternance, avec l’Ecole supérieure de commerce de Montpellier, où il s’intéressera de près au management des ONG. La douceur méditerranéenne n’aura pas raison de la fidélité du jeune homme à ses origines ni à ses amis d’enfance auxquels il est aujourd’hui encore attaché et, une fois diplômé, il revient dans la Marne pour entrer dans la banque.

Mais « le choc de culture » n’est pas à son goût. Il démissionne et part vivre dans les Ardennes pour devenir… maraîcher (car, en vérité, en son plus jeune âge, David ne rêvait pas d’être pompier mais éleveur, comme le grand-oncle chez lequel il passait des vacances, dans l’Aisne). Le temps de mettre au point son projet, cet hyperactif travaille en usine, « histoire de voir comment ça se passe », et donne un coup de main à un agriculteur qui deviendra son associé. Il fonde sa première entreprise, Les fruits rouges de Beaulieu, et cultive des framboises. L’affaire se présente bien jusqu’à ce que le phytophthora (un parasite des végétaux) en ait raison. Fin de l’aventure dans le genre précurseur du retour à la terre, et retour… à la gestion.

Révélation de l’économie locale et solidaire

Au gré des vicissitudes, David Leroy a vu ses parents rebondir professionnellement. C’est généralement un exemple formateur. Il prend alors la direction d’une ressourcerie dans le sud des Ardennes, par ailleurs structure d’insertion, et découvre le monde de l’Economie Sociale et Solidaire. Ce sera « une révélation, avec une activité ayant un impact direct sur son environnement immédiat, et une bonne raison de partir travailler le matin ». Il se prend au jeu de l’entrepreneuriat, et développe la structure en créant plusieurs entités qu’il rassemble au sein de Coopelis.

« Je me sentais pleinement utile, ne me demandant pas combien je gagnais d’argent mais combien je créais d’emplois pour faire progresser le territoire. » Si on a déjà dit David Leroy fidèle, hyperactif, c’est aussi un homme de caractère. Il en fait preuve en considérant un jour que les circonstances ne lui permettent plus de rester à Coopelis, qu’il quitte en laissant derrière lui une « entreprise » étoffée, forte de 75 salariés quand il n’y en avait que 25 à son arrivée. Il rebondit. Dans le cadre du Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi (PLIE) des Ardennes, le voilà notamment chargé de contribuer à la construction et à la mise en oeuvre de l’offre d’insertion pour faciliter l’accès à l’emploi des publics qui en sont éloignés.

« Une révélation, avec une activité ayant un impact direct sur son environnement immédiat, et une bonne raison de partir travailler le matin »

En réalisant un véritable audit de la situation sur le territoire, David Leroy s’aperçoit que de nombreux bénéficiaires du RSA ne demandent qu’à créer leur entreprise, mais sont seuls et isolés pour le faire. Avec la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire, le concept, qui trouve son origine au 19e siècle, prend un nouvel essor, notamment avec la reconnaissance juridique des coopératives d’activité et d’emploi (CAE) que découvre David.

80 entrepreneurs, 50 métiers

À ses yeux, une CAE représente la solution à la problématique de la création d’entreprise, en prenant en charge et en mutualisant tous les aspects purement administratifs et chronophages de l’entrepreneuriat, tout en inscrivant le statut d’entrepreneur salarié associé dans le droit du travail en permettant ainsi à un indépendant de bénéficier de droits sociaux. Et de se concentrer pleinement sur le développement de son entreprise. Mais pour qu’une CAE prenne corps, il faut un porteur de projet. David Leroy lève le doigt et fonde officiellement Set Up le 6 décembre 2017.

« Set Up, en pensant à “setup.exe”, cette fonction que l’on utilise pour installer des logiciels sur les ordinateurs. Et avec un petit côté provocateur, peut-être, en ce sens qu’avec Set Up on s’installe déjà, quand une start-up démarre à peine… ». À l’heure ou Set Up (12 collaborateurs à l’appui des coopérateurs, une antenne à Charleville-Mézières) s’apprête à fêter son quatrième anniversaire*, plus de 80 créateurs d’entreprise ont déjà rejoint la structure, à travers une cinquantaine de métiers différents.

Une mine de compétences

« Il y a ici une mine de compétences. Un exemple ? Nous rassemblons une vingtaine de professionnels de la communication, dans toutes ses branches, ce qui fait sans doute de Set Up la plus grosse agence de com’ locale. Surtout, ces entrepreneurs peuvent travailler ensemble, faire appel aux uns et aux autres dans le cadre de leurs activités respectives. Cela leur permet aussi de se positionner sur des appels d’offres et des marchés plus importants qu’ils ne pourraient le faire seuls ! Voilà la vraie coopération. On ne parle pas de concurrence mais de complémentarité. Cela crée des opportunités car, il ne faut pas perdre de vue que les membres de la CAE doivent vendre leurs productions ou leurs services. »

Pour les accompagner sur le plan commercial, David Leroy a fondé Set Up Conseil, dont la finalité est d’être apporteur d’affaires pour coopérateurs. Mais il entend aller plus loin. « Avec le label “Fabrique à projets d’utilité sociale” et le soutien de la Région Grand Est, il va s’agir de détecter des besoins régionaux, et de les accompagner dans leur émergence (à l’image, déjà, de la Conciergerie solidaire, basée à Reims), jusqu’à créer un véritable écosystème économique… » Dans le champ de l’économie sociale et solidaire, David Leroy a trouvé son terrain de prédilection pour entreprendre.

*Le quatrième anniversaire de Set Up sera célébré le 9 décembre, à l’occasion d’une journée « portes ouvertes » avec les membres de la coopérative, qui se déroulera au Centre culturel numérique Saint Exupéry, à Reims.

Jacques Rivière