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130e année

David Faivre

Vigneron et aussi Youtubeur.

David Faivre a créé sa chaîne YouTube pour expliquer au quotidien son métier. CRÉDIT HUBERT LAPINTE

Très présent parmi les très rares vignerons digitaux français, David Faivre représente la troisième génération de la Maison de champagne marnaise R.Faivre, créée en 1953 à Belval-sous-Châtillon. C’est en l’an 2000 qu’il a décidé de prendre les rênes de l’exploitation familiale. Et après avoir modernisé l’outil de production, il s’est attelé à casser les codes de la communication en matière de viticulture. Pour cela, il s’est inspiré des agri-youtubeurs qui se sont lancés pour faire passer des messages forts. Aujourd’hui, sa chaîne YouTube lui permet de faire partager toutes les étapes et les métiers de la vigne - de la culture du raisin jusqu’au travail en cave, en passant par la conduite et la mécanique des tracteurs, la vinification ou encore la rencontre avec le client.

« C’était pas mon truc, les études. Et puis j’ai eu le déclic le jour où j’ai commencé l’école de viticulture. J’étais dans quelque chose qui me plaisait beaucoup. Je voulais vraiment travailler, je mettais la main à la pâte », se souvient David Faivre. Fin 1999, avec en poche un BEP et un Bac pro, il se met rapidement dans le bain, avec l’optique de reprendre l’exploitation : « J’ai quarante années de différence avec mon père qui souhaitait que je revienne sur l’exploitation après mes études. J’ai repris au fur et à mesure, en cinq petites années, les cinq hectares que faisait l’exploitation à l’époque ».

La Maison de Champagne créée par Robert Faivre, dont la relève avait été assurée dans les années 1970 par Bernard, le père de David, adhérait alors au système coopératif. « Dans les premières années, je vendais essentiellement au kilo, ma priorité n’était pas forcément de faire du commerce. Mon père n’était pas branché « commerce », sourit-il.

Modernisation

Jusqu’en 2005, David Faivre s’attellera à moderniser la façon de travailler dans les vignes, afin de rendre le travail moins pénible et gagner en efficacité. « Papa se donnait beaucoup de mal », observe-t-il. Afin d’amortir le matériel acheté, il se lance entre 2005 et 2006 dans une activité de prestations de services pour les vignerons du village. Cette activité prendra de l’ampleur au point d’atteindre en 2015 un portefeuille de 25 hectares de vignes.

« Ma chaîne YouTube permet de montrer qui on est, le côté vigneron de terroir, celui qui aime ses vignes, sa nature »

Parallèlement, il s’investit dans le domaine coopératif. Entré en 2001 dans le groupe des Jeunes de la CRVC, (Coopérative Régionale des Vins de Champagne), il y restera une quinzaine d’années, soit jusqu’en 2016, alors qu’il en est le vice-président. « Cela prend beaucoup de temps, mais j’y ai appris énormément. C’est notamment très formateur pour avoir une vision plus large de la Champagne. Cela permet d’ouvrir l’esprit », fait valoir David.

Premier virage en 2006

En 2006, il commence à penser vinification et réfléchit déjà à monter son propre centre de pressurage. Celui-ci verra le jour en 2009. « Je ne faisais que le pressurage et le raisin partait encore à la coopérative à Reims, se souvient-il. Et puis, au fur et à mesure je me suis dit pourquoi pas vinifier ; pourquoi pas retrouver le travail effectué dans les vignes, dans nos bouteilles - parallèlement, nous avons amélioré nos pratiques dans la vigne ». La Maison Faivre recevra d’ailleurs en 2016 la double certification HVE (Haute Valeur Expérimentale) et Viticulture Durable en Champagne.

Suite à ses engagements environnementaux, le viticulteur marnais décide, fin 2016, de quitter le modèle coopératif, de « passer d’un modèle complet de coopérateur à un modèle complet d’indépendant, avec un objectif à terme : vendre la totalité de la production en bouteille ». Puis ce sera le départ d’une autre étape importante dans l’évolution de la Maison Faivre : « 2020, c’est le début d’une conversion en viticulture biologique pour chacune de nos parcelles ». Malheureusement 2021 sera une année catastrophique. « Nous avons perdu 95 % de la récolte », déplore David.

Le métier de la vigne sur YouTube

« Lorsque l’on a quitté le modèle coopératif, on a lancé un projet de communication car faire un virage comme ça sur une exploitation, ce n’est pas anodin. On a monté une petite chaîne YouTube où j’ai pris le pari d’expliquer un peu différemment mon métier – en réalisant des vidéos pour expliquer au quotidien le métier vécu de l’intérieur », résume le vigneron, avant d’ajouter : « Ma chaîne YouTube permet de montrer qui on est, le côté vigneron de terroir, celui qui aime ses vignes, sa nature. Le métier de la vigne sur YouTube, c’est une niche – trois personnes seulement le font en France ».

Ses abonnés sont des amateurs de vins ou des gens plus professionnels avec qui il travaille pour la vente de champagne ainsi que toute une tranche de vignerons du secteur. Ceux-ci lui demandent parfois quelques conseils concernant, par exemple, le réglage d’une charrue. « Beaucoup de jeunes me suivent. Des lycéens me demandent des conseils et veulent venir me voir ».

Nadine Champenois