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130e année

Christian Allex

Programmé pour l’organisation d’évènements musicaux.

Portrait de Christian Allex
Christian Allex : « J’essaie de donner une signature particulière à chaque festival » (Crédit : V. Arbelet).

« J’aime ces grandes fêtes qui emmènent les foules dans une autre dimension et où tout le monde devient un peu zinzin, au point de perdre pied grâce à la musique, la lumière et l’environnement global. J’ai toujours trouvé cela assez magique et excitant d’emmener le public dans cet univers. C’est tellement beau de voir les festivaliers s’approprier un lieu pour y faire des rencontres, des découvertes et s’éclater. » Membre de plusieurs groupes dans sa prime jeunesse, passionné de musique au point (déjà) d’aller voir des artistes sur scène, organiser des concerts de musique alternative dans des bars de la banlieue dijonnaise puis des soirées avec des DJ tout en manageant aussi des groupes, Christian Allex était vraiment destiné dès sa prime jeunesse, à ce qu’il n’a jamais cessé d’être.

À la fin des années 80 et durant trois ans, il intègre une école de journalisme à Lyon et travaillera alors dans la presse et la communication d’entreprise, mais la passion musicale le réaccapare vite. « Comme je m’embêtais un peu, j’ai commencé en parallèle à monter des soirées en manageant des groupes lyonnais puis en mettant en place un festival rock à Quetigny (Côte-d’Or) ainsi que des concerts de pop indie à Dijon à La Vapeur et au club électro, l’An-Fer. Là où j’ai fait venir toute la scène anglo-saxonne en mettant sur pied des concerts très avant-gardistes. Et ce qui n’était alors qu’un divertissement déjà très prenant est devenu un vrai job lorsque j’ai créé le collectif Mayonnaise Productions. »

PROGRAMMATEUR MULTICARTES

« À l’An-Fer, j’ai fini par lâcher les boulons et m’y mettre à fond, en programmant de plus en plus de groupes et on a fini par me proposer la direction artistique de 1991 à 1998. » Sans s’en rendre compte, il se forme à toutes les ficelles du métier en apprenant dans différents domaines (lumière, son, billetterie, déclarations à la Sacem…). Il maîtrise alors tout un acquis professionnel. « À cette époque-là, j’ai côtoyé les Daft Punk et leur manager, toute une bande de DJ, Bob Sinclar, David Guetta, Cassius, les musiciens de Phoenix, Echobelly, Tindersticks, Frank Black des Pixies et toute la scène techno américaine : Derrick May, Eric Carter et Jeff Mills. J’ai appris ce métier en travaillant le plus souvent au black. On me donnait le billet à la fin des soirées. Et j’ai fini par rester là-dedans. C’était ma bouffée d’oxygène. »

Le pli est pris et Christian Allex en se taillant une réputation grandissante dans ce milieu a progressivement élargi son spectre en travaillant à Paris sur le projet Global Tekno à la Grande Halle de la Villette, à « Couleur 3 » pour Radio Suisse en montant des émissions live dans des stations de ski et en produisant des artistes. « Ce qui fait, qu’arrivé à 30 ans, je me suis retrouvé avec un gros bagage de connaissances ».

DIRECTEUR ARTISTIQUE DES EUROCKéENNES de Belfort

Fort de cette expérience et de plus en plus connu dans la sphère musicale où il tutoie stars et agents, Christian Allex est appelé en 2000 par les dirigeants des Eurockéennes de Belfort qui réfléchissaient à une mutation de leur équipe de programmation. « Je les ai rencontrés, eux et le président du conseil général de l’époque, Christian Proust. Et en 2001, j’ai été embauché en contrat d’exclusivité pour assurer la direction artistique d’un des plus grands festivals français. »

« C’est excitant de pouvoir amener dans une ville de 50 000 habitants des groupes qui ont l’habitude de se produire dans de très gros festivals internationaux. »

Il y était prévu pour trois ans et restera finalement à ce poste jusqu’en 2018. « Ce fut l’étape la plus professionnelle de mon parcours. L’évènement accueillait 30 à 35 000 personnes par jour, j’y ai fait défiler tous les acteurs majeurs de la scène rock dont David Bowie, Red Hot Chili Peppers, Amy Winehouse, Monkees, Franz Ferdinand, Arcade Fire, Rammstein et Daft Punk pour sa seule date lors de son retour sur le sol européen. »

2008, RENCONTRE AVEC JULIEN SAUVAGE

Christian Allex arrive aux manettes du Cabaret vert en 2009. « Patricia Bonneteau qui avait un label à Paris m’a connecté vers Julien Sauvage. J’ai donc découvert ce festival en 2008. C’était ce que c’était : un chantier un peu organisé. Mais on sentait une vraie authenticité et l’envie de bien faire. Il y avait une mentalité qui me plaisait. L’équipe d’organisation était par ailleurs assez cool, très accueillante même si très méfiante envers moi ». Les agents ne répondaient pas spécialement aux offres que pouvait leur faire le festival. Ils ne le prenaient pas au sérieux. « J’ai donc eu recours à mon réseau d’agents en les incitant à envoyer des artistes dans les Ardennes. Ils m’ont plutôt écouté et, en 2009, Julien m’a proposé la programmation. »

D’année en année, Christian Allex professionnalise l’évènement en améliorant la scénographie, la communication, la promotion, la décoration et en installant aussi d’autres scènes. Tout en élargissant, bien sûr, l’offre musicale. « On a fait évoluer les choses jusqu’à ce que je prenne la direction artistique en 2015. Et depuis cette mutation, on a réussi le tour de force de faire de ce festival l’un des plus reconnus en France et à l’international. De 35 000 places en 2005, on est arrivé à un festival qui avoisinera les 120 000 personnes cette année avec une formule XXL sur cinq jours où plus de 100 groupes sont attendus. »

SON RôLE

« Pour être un bon programmateur, il faut avoir une vraie connaissance des réseaux musicaux, savoir nouer des liens étroits avec des maisons de disques, agents, manageurs, producteurs et tourneurs et être un bon trader au moment des négociations par rapport au budget dont on dispose. Dans une programmation, tout doit aller vite. On n’a pas le temps de faire des brainstormings ou des sondages à mains levées. Si tu fonctionnes de manière démocratique, ton projet n’a pas de texture ni de personnalité. En quelques années, je suis arrivé à être référencé comme une personne de confiance auprès des personnes influentes. Après il faut convaincre les artistes de la ligne musicale. Mais l’équation est de plus en plus difficile à tenir car une qualité d’offre artistique de haut niveau demande des montants de plus en plus élevés. C’est le défi qu’on doit relever pour continuer d’exister. »

Pascal Remy