Informations régionales économiques et juridiques
129e année

Anne-Sophie Robin

L’humain au coeur de son parcours

L’ardennaise Anne-Sophie Robin. DR

Petite dernière d’une fratrie de cinq enfants, la native de Daigny qui durant sa jeunesse rêvait d’être caissière « parce ce que j’étais fan des caisses enregistreuses », a finalement construit son parcours scolaire dans l’objectif de « reprendre un jour l’entreprise familiale ». Après être passée par Mabillon, une institution à Sedan, puis le lycée Notre-Dame de Charleville- Mézières où elle obtiendra un bac « commerce », Anne-Sophie Robin fréquente ensuite le lycée Colbert de Reims pour obtenir un BTS « force de vente ». Deux ans plus tard, elle intègre l’IFAG, une école supérieure de commerce où durant trois ans – un à Lyon et deux à Paris – elle suivra l’option « création ou reprise d’entreprise ».

Depuis 13 ans chez Bouchers Services

Diplômée d’un Master 2 au terme d’un cursus universitaire ciblé, Anne-Sophie Robin dès la fin de ses études, entre au sein de la PME familiale. Une société spécialisée dans la transformation de viandes en milieu industriel avant d’être rendues prêtes à consommer chez les distributeurs. Créé à l’origine à Conflans-en-Jarnisy (Meurthe-et-Moselle) avant le transfert du siège social à Remilly-Aillicourt en 1989, Bouchers Services oeuvre principalement pour les abattoirs comme Bigard et la coopérative agroalimentaire Cooperl.

« Après avoir quitté l’IFAG en février 2008, j’ai rejoint la société Bouchers Services trois jours plus tard. J’avais 21 ans à l’époque et je n’ai pas perdu beaucoup de temps à me décider. Pour moi, c’était une suite logique à ce que j’avais connu jusque-là. J’ai en effet toujours baigné dans ce milieu et étais donc attachée à l’histoire de cette entreprise. C’était le fil conducteur de ma vie. Ma mère, Martine, voulait que je puisse rapidement la seconder en me préparant au pilotage de l’entreprise. »

« Mon challenge est de créer et pérenniser le sentiment d’appartenance et de reconnaissance de nos salariés à leur entreprise. »

Au lieu de cela, Anne-Sophie se retrouve dès le premier jour sur le terrain. Elle va apprendre les fondements du métier en parcourant les quinze ateliers français du groupe. Dès 2008, elle choisit de baser à Rennes, la tête de pont de la société, là où sont regroupées 70 % des activités de Bouchers Services.

« Plutôt que d’être dans les services supports ardennais chargés de la partie comptable et financière là où tout a commencé, j’ai préféré aller au coeur de la partie opérationnelle en charge des services techniques, commerciaux, humains et de l’ensemble des activités transverses », justifie- t-elle.

Valoriser les ressources humaines

Durant ces premières années de pratique, la jeune femme s’attache à mieux connaître et comprendre les besoins des salariés et de la clientèle en étant à l’écoute et en apportant sa fibre sociale. Après « avoir découvert le système, ses enjeux et son évolution possible », l’autodidacte va apporter sa dynamique à l’entreprise à travers diverses actions : mise en place d’un plan de formation, amélioration de la sécurité, optimisation des conditions de travail et création d’un service de ressources humaines.

« Lorsque je me suis investie dans toutes ces missions, j’ai eu la chance que ma mère, qui avait alors succédé à mon père, Jean-François, à la présidence, me laisse la liberté d’entreprendre dans tout ce que je voulais faire pour que le personnel s’épanouisse au mieux dans sa sphère de travail. Et, je me suis vite sentie utile à mon poste en imposant mes idées de manière collégiale. Je voulais partager avec les équipes. C’est ma manière de faire savoir à nos collaborateurs qu’ils appartiennent à une entité où ils sont reconnus. Ce qui ne peut qu’activer le développement du groupe », dit celle qui officiera comme DRH de 2010 à 2015. « Durant cette période, j’ai vite perçu la valeur ajoutée que je pouvais apporter à l’entreprise. »

PDG depuis 2019

En 2015, Anne-Sophie franchit une nouvelle étape en devenant directrice adjointe de Bouchers Services en binôme avec Frédéric Hénon. « Ma mère qui souhaitait prendre du recul m’avait proposé de devenir directrice générale. Mais à 30 ans et avec deux enfants en bas âge, je ne me sentais pas encore prête à assumer, seule, cette responsabilité. On a donc opté pour une solution médiane ». Durant trois ans, avec son tuteur, la fille des propriétaires du Domaine du Faucon à Donchery va ainsi emmagasiner des compétences supplémentaires et se préparer au mieux à assurer son futur rôle.

En 2019, elle devient officiellement présidente du groupe succédant à ses parents, Jean-François et Martine, à ce poste. Elle se retrouve alors à la tête d’une « vieille dame » de 42 ans, passée de 500 à 1 300 salariés entre 2008 et 2021, de 22 à 60 millions d’euros de chiffre d’affaires et de 15 à 55 sites industriels sur le territoire français. Outre la transformation de la viande, Bouchers Services a ajouté deux nouvelles activités à son panel. D’abord, l’organisme de formation F2O (dix salariés) qui recrute et forme des bouchers appelés à oeuvrer dans les métiers de découpe agroalimentaire ou pour Leclerc.

« On n’a pas le droit de se tromper dans nos prises de décisions, car elles influent sur 1 300 familles »

Ensuite, AgiliT, une structure en R & D proposant des solutions innovantes aux entreprises pour améliorer les conditions de travail de leurs opérateurs. « Nous avons ainsi développé le “Koutoron”, un couteau à bord rond plus ergonomique empêchant la pointe du couteau de passer à travers des cottes de maille. Cet outil a été élu Meilleure innovation au CFIA 2021, dans la catégorie Qualité, hygiène, sécurité, environnement ». La dirigeante, fière de la continuité apportée au travail de ses parents, imagine déjà où elle va mener l’entreprise.

Elle ambitionne une croissance à la fois interne et externe, en saisissant des opportunités en Europe, afin d’atteindre 100 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2025. En gardant toujours en tête la stratégie humaine à déployer pour aboutir à ses résultats. « On n’a pas le droit de se tromper dans nos prises de décisions, car elles influent sur 1 300 familles », insiste celle qui réserve ses moments de loisirs à ses enfants et au piano.

Pascal Remy