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130e année

Anna-Barbara Aumüller

Sculptrice de mode.

Portrait d'Anna-Barbara Aumüller
Anna-Barbara Aumüller a réalisé une collection de robes et tenues d’exception en grand luxe. (Crédit : N. Champenois)

Au fil du temps, Anna-Barbara Aumüller a appris à « sculpter le tissu en le posant sur buste-mannequin, en le drapant un peu, en l’épinglant, en découpant des morceaux, en lui donnant une forme ». C’est au contact des artisans qu’elle est devenue créatrice-modéliste - même si, au départ, elle ne voulait être « que » styliste, « comme la majorité de tous ceux qui veulent travailler dans la mode ». Car, à ses yeux, la création commence réellement lorsqu’on la manifeste en se heurtant aux difficultés du réel qui n’existent pas sur le croquis. Et conduit à s’inspirer du passé au lieu « d’écouter la matière afin de la sculpter d’une nouvelle façon ». De là naîtra sa soif d’apprendre. En travaillant pour de grandes maisons en prêt-à-porter luxe et haute couture, elle réalise que le savoir-faire est concentré dans l’atelier. « Je mets toujours ma créativité au service de la technique. C’est pourquoi, mes créations sont toujours très différentes. J’ai pris l’habitude d’écouter le tissu et à chaque fois, je me pose la question : comment montrer au mieux soit la matière - pour qu’elle soit sublimée - soit le savoir-faire de l’artisan ». Au détour de ses missions, à partir de 2010, la jeune passionnée crée sa propre entreprise et se lance dans le projet Artisans du Luxe, une vitrine d’excellence des savoir-faire liés à la mode.

« Mon grand-père maternel est sculpteur. Et dans ma famille, l’art a toujours été présent, on a toujours dessiné », fait valoir Anna-Barbara Aumüller. De son enfance, l’Autrichienne d’origine garde le souvenir des carnavals, l’occasion pour sa mère de coudre elle-même ses robes de bal. Elle fera d’ailleurs la même école de mode qu’elle, à Hallein, à côté de Salzbourg. Pourtant, toute petite, elle voulait « devenir fleuriste, un métier où l’on travaille avec les couleurs et la nature ». « J’ai vu très tôt ma mère coudre. Étant quelqu’un d’exigeant et de perfectionniste, la couture, ça ne me disait rien car, au début, ça n’allait pas comme je voulais. Je n’avais pas assez de patience », se souvient-elle. C’est pourquoi, à l’âge de 14 ans, elle décide de s’orienter vers une école de tourisme, options services, cuisine et gestion, où elle restera deux ans. Le temps de mûrir et d’acquérir la patience nécessaire aux métiers de la création et de la mode. Et de choisir cette voie-là.

« Je mets toujours ma créativité au service de la technique. C’est pourquoi, mes créations sont toujours très différentes. »

À 21 ans, avec en poche un BAC pro de tailleur sur-mesure, elle décide de partir à Lausanne, histoire d’apprendre le français. Et de l’ajouter aux trois autres langues (allemand, anglais et italien) qu’elle parle couramment. Au bout d’un an, n’arrivant plus à parler anglais du fait de son immersion en francophonie, Anna-Barbara quitte la Suisse pour se rendre à Londres. C’est en travaillant en tant que barmaid, qu’elle finance son stage chez Vivienne Westwood, « la papesse de la mode », où elle restera près d’un an. En 2007, elle a 24 ans lorsqu’elle arrive « dans le berceau de la haute couture », à Paris. « Pendant mon séjour à Londres, j’y étais venue trois fois pour préparer des défilés, c’est ce qui m’avait donné envie de m’y installer », se souvient-elle. Ses débuts dans la capitale seront cependant difficiles… Sa persévérance paiera et lui ouvrira les portes des grandes maisons de prêt-à-porter et haute couture, en tant que mécanicienne modèle – c’est à dire ouvrière , comme dessinatrice technique puis en tant que modéliste.

« Pendant des mois, on travaille pour une maison jusqu’au défilé. Avant une période plus calme. Ce système permet de travailler pour beaucoup de maisons, de multiplier les expériences. C’est une très bonne école », analyse Anna-Barbara Aumüller. Ses missions pour les grandes maisons de couture lui permettront en effet d’enrichir son savoir et son savoir-faire. Au point de devenir aussi à l’aise en modélisme et en style qu’en couture, main et machine, en tailleur comme en flou, en chaîne et trame, en cuir, en fourrure ou en maille.

Projet Artisans du Luxe

Parallèlement, pendant les périodes creuses, elle travaille dès 2010 - avec Gaëtan Anaërlin, son compagnon - sur son projet Artisans du Luxe, visant à « montrer le savoir-faire, les techniques, les matières qui sont dans la mode ». Ce projet l’amène à aller à la rencontre des métiers et des artisans avec lesquels elle réalisera des pièces magistrales : « J’ai conçu à chaque fois des vêtements en collaborant avec des artisans, des façonniers, pour montrer leur savoir-faire. Cette expérience m’a permis d’évoluer du poste de technicienne modèle à celui de modéliste ». Les quelque 450 créations réalisées en collaboration avec près de 1 000 entreprises donneront lieu à de nombreuses présentations, mêlant parcours tactile, pédagogie et interviews d’acteurs de la mode. En 2020 notamment, l’exposition Mode au Futur sera installée à Bourgoin-Jallieu : « C’était le reflet de toute la technologie et aussi des tendances actuelles, avec beaucoup de matières se substituant au plastique. Comme du bois flexible, des fibres à base de feuilles de bananes, des algues et des matières recyclées. Sans oublier le zéro déchets, avec des approches de coupes adaptées. Cette exposition itinérante a déjà été présentée sur 9 sites à Roubaix et devrait circuler dans plusieurs pays européens », se félicite-t-elle.

La dynamique modéliste travaillera jusqu’à fin 2015 au sein de maisons de couture aussi prestigieuses que Louis Vuitton, Givenchy, Saint-Laurent, Gaultier, Céline, Lanvin… Par le biais de son entreprise, elle réalisera des modèles pour Saint-Laurent tout en travaillant pour Mugler, en interne. Puis elle travaillera uniquement comme façonnier pour les maisons de couture. « Après plusieurs années de vie dans des grandes villes comme Londres et Paris, la nature a commencé à me manquer de plus en plus, observe-t-elle. Comme j’ai grandi près des lacs autrichiens, je me suis rendu compte que la qualité de vie était importante et qu’il fallait faire les bons choix ». La proximité du lac d’Orient avec la capitale la décide en 2016 à trouver un pied-à-terre dans l’Aube. Pendant quatre ans, elle fera ainsi de nombreux allers-retours. Avant de s’installer à Mesnil-Saint-Père, en 2020. « Pour l’instant, j’ai encore un atelier à Paris », précise la jeune Auboise d’adoption.

Boutique Cœur de Village, à Mesnil-Saint-Père

Anna-Barbara prépare actuellement l’ouverture en printemps 2023 de sa boutique, baptisée Cœur de Village : « J’ai la chance d’avoir accès à une maison particulièrement bien située, en plein cœur de Mesnil-Saint-Père, avec plusieurs portes d’entrée ». Au rez-de chaussée, elle a prévu d’y installer des produits régionaux de France, très typiques - biscuits, sardines, lavande, ainsi que des cartes postales, des œuvres d’art et des accessoires. À côté, un salon de thé pour se réunir autour d’un bon chocolat, d’un café ou d’un thé, accompagné d’un Apfelstrudel, une recette traditionnelle autrichienne de chausson aux pommes. Outre la viennoiserie, des planches de charcuterie, de fromage et de poisson seront servies.

« À l’étage, un atelier de sur-mesure et de formation en couture permettra de former l’intelligence de la main, annonce-t-elle. Je réalise déjà des audits dans les entreprises pour améliorer la coupe et donner des astuces de couture ». Un petit showroom permettra également de présenter des créations plus luxueuses. Car, outre des modèles plus abordables, la créatrice a commencé à mettre au point une collection très haut de gamme en prêt-à-porter luxe féminin. « Ce sera la première Maison de Luxe dans l’Aube ».

Nadine Champenois