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130e année

Alexandra Vallogia

La fibre familiale et entrepreneuriale.

Portrait d'Alexandra Vallogia
Mère de deux enfants de 5 et 8 ans, Alexandra Vallogia s’est vite épanouie dans le milieu du BTP. (Crédit : DR)

Créée à Bogny-sur-Meuse dans le quartier de Braux en avril 1938 par deux frères venus d’Italie et à l’époque, spécialisée dans la maçonnerie et le cimentage, l’entreprise de Bâtiment et Travaux Publics Valloggia, une institution dans la Vallée de la Meuse, est depuis quelques mois co-dirigée par Patrick Vallogia et sa fille, Alexandra. Ayant succédé en 2004 à son père Serge qui avait relancé la PME familiale après la crise économique des années 80 marquée par la fermeture de plusieurs clients, Patrick Vallogia prépare ainsi son passage de relais avant de faire valoir ses droits à la retraite le 1er janvier 2024. La jeune entrepreneuse prendra alors les commandes de cette société d’une quinzaine de salariés.

Ayant toujours vécu dans ce milieu et sachant que son père était prêt à lui préparer le terrain, Alexandra Vallogia s’est donnée les moyens d’assumer cette responsabilité. Alors qu’elle était déjà dotée à la fin de ses études d’un BTS commerce international, obtenu au Lycée Pierre Bayle de Sedan, elle intègre dans la foulée l’entreprise de la Vallée de la Meuse dès 2010. « À la base, je ne pensais pas forcément suivre cette voie, mais à l’occasion de la préparation finale de mon BTS, mon père m’a confié que ce serait bien de travailler ensemble. Et j’ai décidé de le prendre au mot ».

UNE FORMATION EN DEUX TEMPS

Pour mieux appréhender le métier, Alexandra décide alors de passer un diplôme de technicienne de bâtiment, multipliant ainsi les déplacements entre Lille et Bogny-sur-Meuse. Durant deux ans, elle apprend à gérer les appels d’offres, faire des études de prix et quantifier au quotidien nombre de matériaux avant de mettre ses connaissances en pratique sur le terrain. Elle est ainsi déjà en mesure d’accompagner efficacement son père, lequel complète son savoir en lui inculquant le contact avec les fournisseurs, les clients et le personnel. « Mon père m’a ouvert pas mal de portes pour que j’assume au mieux mon futur rôle. Et tout cela m’a donné progressivement plus envie de m’impliquer dans ce projet. Aujourd’hui, pour rien au monde, je ne changerais de poste. J’adore le milieu du BTP et ses différents intervenants ».

BIEN ACCEPTÉE PAR LE MILIEU DU BTP

Dans un univers essentiellement masculin, Alexandra a su faire sa place. « En général, on me respecte. Je n’ai jamais ressenti la moindre discrimination. Au début, c’est sûr qu’on ne se comportait pas de la même façon avec moi. On m’attendait au tournant. Lorsque j’oubliais mes chaussures de sécurité et qu’il m’arrivait de venir sur des chantiers en talons, on ne me ratait pas. Et on savait me le faire remarquer. Mais il arrive aussi à certains d’être aux petits soins pour moi en se montrant attentionnés. Comme partout ailleurs, il faut de toute façon faire ses preuves ». Aujourd’hui bien en place dans sa fonction et reconnue pour ses qualités, Alexandra entend faire évoluer l’affaire familiale qui va se doter d’ici peu de nouveaux locaux.

MAJOR DE PROMOTION

Pour aborder le mieux possible sa carrière, elle n’a pas hésité à franchir un autre pallier dans sa formation personnelle. Avant le Covid, elle a suivi à raison d’une semaine par mois une session de 18 mois à Metz et Nancy à l’Ecole Supérieure des Jeunes Dirigeants du bâtiment. « Etre entrepreneur, c’est un métier. Un métier, ça s’apprend. On voit souvent des entrepreneurs s’installer sans avoir la moindre notion de la gestion d’une entreprise. La fin de l’obligation du stage préalable à l’installation à la Chambre de Métiers a d’ailleurs été une catastrophe. Quand on ne sait ni vendre, ni acheter, ni manager, on ne peut pas s’en tirer longtemps sur les seules qualités techniques. À la Fédération Française du Bâtiment, nous avons compris cela depuis des décennies en créant deux organismes qui forment concrètement les futurs dirigeants aux responsabilités qui seront les leurs. Les formations collent le plus possible aux besoins des entrepreneurs. Bien souvent, suivre cette formation, c’est le gage d’une transmission réussie et donc d’une entreprise pérennisée », rappelait d’ailleurs Christophe Jacquemart, lors de la dernière assemblée générale du BTP 08 en citant en exemple Alexandra Vallogia.

« Mon père m’a ouvert pas mal de portes pour que j’assume au mieux mon futur rôle. Et tout cela m’a donné progressivement plus envie de m’impliquer dans ce projet ».

En s’initiant plus encore à la comptabilité, à la gestion d’entreprise, au management, au droit et au domaine social, celle-ci, a étoffé son bagage. « Etant aussi appelée à analyser la santé de notre propre entreprise, j’ai appris à éplucher les comptes de celle-ci en me livrant à un audit passant par l’examen du bilan et les perspectives d’avenir pour la faire grandir et améliorer son savoir-faire. Soient toutes les facettes auxquelles un chef d’entreprise est amené à être confronté au cours de son parcours professionnel. Durant cette session, j’ai aussi rencontré plusieurs personnes de différents secteurs d’activités du bâtiment ».

L’exigence et la forte implication dont la jeune Ardennaise a fait preuve durant ces deux ans lui ont valu de terminer major de sa promotion et de recevoir en prime un chèque de 1 000 euros de BTP Banque. C’est la première femme ardennaise à avoir décroché cette distinction. Depuis l’obtention de ce diplôme, Alexandra est passée à l’opérationnel en faisant l’expérience du pilotage de l’entreprise, co-gérant la société familiale avec son paternel avant de prendre seule les commandes de l’établissement dans un peu plus d’un an. « La transition avant la direction de l’entreprise se fait de manière progressive et par la suite j’envisage d’embaucher quelqu’un pour le suivi des chantiers », prévoit déjà la future patronne qui fait déjà référence dans la profession.

Pascal Remy