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129e année

Alain Chapellier

Maître ès-généalogie des Ardennes

Alain Chapellier a été longtemps conseiller auprès de la Chambre syndicale des généalogistes et héraldistes de France à Paris. DR

Ainé d’une famille de neuf enfants, Alain Chapellier a vécu toute sa jeunesse à Renwez. « J’ai passé celle-ci le plus souvent à la maison en aidant mes parents aux travaux de jardinage ou en soignant les bêtes, trayant les vaches ou ramassant les patates dans une ferme avoisinante. Les occupations d’un jeune vivant à la campagne ». Une fois son CAP d’électromécanicien obtenu à l’âge de 16 ans, il suit la voie paternelle en intégrant… quatre jours plus tard la fonderie locale L’Union, « comme ouvrier d’entretien ».

Après avoir effectué son service militaire, Alain qui avait entretemps déménagé à Charleville-Mézières devient en 1980 livreur-installateur d’appareils électroménagers pour un hypermarché. Licencié, il reste deux ans au chômage, suit un stage de formation à la généalogie tout en étant omniprésent aux archives départementales pour « étudier toutes les ficelles d’un métier peu connu à l’époque ». Et en 1990, il s’installe comme généalogiste professionnel à Warnécourt en créant dans sa propre maison la société « Racines d’Ardennes ».

À la poursuite des ancêtres

Remonter le temps, c’est aussi parcourir l’histoire et les origines des familles. « Généalogiste familial comme je suis c’est faire de multiples recherches pour dresser pièce par pièce un gigantesque puzzle sur nos ancêtres. On est comme un détective privé oeuvrant pour des particuliers qui rémunèrent mon travail en fonction des difficultés et du temps demandé. Mais la discipline a beaucoup évolué ces dernières années. Auparavant, il fallait aller en mairie, aux Archives départementales, chez les notaires, oeuvré sur les hypothèques, les enregistrements de tables de succession, les registres paroissiaux, les microfilms ou encore les monographies et biographies. Il y avait énormément de sources. Aujourd’hui, tout ce qui est lié à l’état civil est mis en ligne sur internet. Cela nécessite moins de déplacements mais on perd le contact humain, la convivialité et le lien social ».

« La généalogie nécessite de la méthode, de la rigueur, de l’opiniâtreté et du bon sens »

Dans les Ardennes où il y a eu beaucoup de destructions, il est parfois difficile de reconstituer l’arbre généalogique entier d’une famille. « Deux-tiers des recherches n’aboutissement pas, ce qui freine l’activité », avoue Alain Chapellier, toujours très demandé par des gens de différentes catégories sociales. « Bien souvent, ils m’approchent après un évènement familial (mariage, décès…) qui les incitent à vouloir combler un manque en se plongeant dans le passé familial. C’est comme une thérapie qui permet parfois d’oublier tout ce qui se passe autour. Quant on commence à remonter le temps, c’est comme un virus. On est véritablement contaminés ».

Une large base de référence

Mais il dispose aujourd’hui d’une base de référence comprenant plus de 160 000 entrées entre les naissances, mariages, baptêmes, actes de décès et notariés. Alain Chapellier en est venu, à partir de 2003 à faire un premier livre : « Des hommes aux racines d’Ardennes ». Sept tomes ont suivi, évoquant… 83 personnages de différentes époques nés dans les Ardennes ou possédant des racines locales. Des Ardennais tels que Arthur Rimbaud (Charleville), le réalisateur de cinéma Marcel Camus (Chappes), le prix Fémina André Dhôtel (Attigny), Louis Hachette (Rethel), Dubois de Crancé (Charleville), Yannick Noah (Sedan), l’ingénieur Albert Caquot (Vouziers), la Macérienne Marguerite Nivoit qui épousera Albert Lebrun, président de la IIIe République, le général de division Alfred Chanzy (Nouart) ou le pilote automobile Raymond Sommer.

Mais aussi des célébrités ayant des souches locales. C’est le cas des acteurs Sacha Guitry, Louis Jouvet et Claude Piéplu, de l’écrivain Colette et de la Miss France 2000, Elodie Gossuin. D’autres aux noms plus anonymes se sont pourtant distingué de diverses façons. À l’instar d’Yvonne Vendroux, l’épouse du général De Gaulle, l’écrivain Alain Decaux, Jules Ferry, ministre de l’instruction publique, Horguelin, précurseur de la TSF, Baudelot, créateur du refroidisseur des cuves à bières ou encore la comédienne Ghislaine Dommanget, devenue en 1946 princesse de Monaco.

« Tout à fait par hasard, j’ai rencontré un jour le père d’Elodie Gossuin aux Archives départementales où il était en train de retracer la généalogie de sa fille. Ce qui m’a amené à plancher sur ce sujet et à découvrir qu’on… était cousins par le biais de Jadar du Merbion, natif de Montmeillant et futur chef de Napoléon Bonaparte. Ça ne s’invente pas… », sourit Alain Chapellier en contant cette succulente anecdote. Connu et reconnu dans le département, il livre aussi des conférences et fait des expositions en sillonnant le département pour vulgariser son activité.

Une librairie en ligne

Comme il est difficile de vivre de la généalogie, Alain Chapellier a ajouté une corde à son arc pour compléter ses revenus. « Je rentrais certes un peu d’argent mais, heureusement, que ma femme travaille à côté pour survivre professionnellement. Mais en bossant à la maison, j’ai toujours été là pour l’éducation de ma fille, Amélie, aujourd’hui âgée de 30 ans et secrétaire de mairie ». En raison de l’apparition des sites généalogiques dans les années 2000, Alain s’est posé beaucoup de questions sur son avenir.

« L’idée d’avoir ma propre librairie me trottait dans la tête depuis quelques années et je suis parvenu à trouver en 2007 un hébergeur pour créer le site internet racines-d-ardennes.fr. Sous cette appellation qui était un clin d’oeil à ma première société, j’ai lancé ce projet grâce à l’accompagnement de différentes sociétés savantes. Comme Terres Ardennaises, la société d’histoire naturelle de Sedan, les Amis du Vieux Warcq, la Revue historique ardennaise, le CHRELOM de Monthermé, Ardennes wallonne, Horizons d’Argonne, Au pays des Rièzes et des Sarts, l’Obette ou Le Petit Cassinois qui ont mis leur stock de livres et de revues axées sur les Ardennes à ma disposition. Je les prends en dépôt et les vends en prenant un pourcentage. Ce qui me permet par la suite d’acheter des ouvrages et d’étoffer ma librairie en m’approvisionnant auprès de particuliers ou de maisons d’édition. Ou en chinant dans des bourses et sur les brocantes. Sur mon site, j’ai ainsi plus de 3 500 références ardennaises. Ce qui est énorme ».

Pascal Remy