Humeur

Un tabou de plus

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Benjamin Busson
Benjamin Busson.

C’est un fait, la société du XXIe siècle est en demande de plus en plus d’équité et d’égalité à tous les étages. On ne saurait la blâmer puisque le principe même de l’égalité, fondamental pour la République, est inscrit dans le marbre de la Constitution. Sauf que… Sauf que parallèlement, la France est un pays à la fois Roi de la réglementation et Champion de la dérogation. Dans le même temps, les Français appellent sans retenue à une égalité sans faille, tout en revendiquant des exceptions pour leur propre compte.

Il en va ainsi quand le ministre de la Transformation et de la Fonction publique évoque, au détour d’une interview, vouloir « lever le tabou du licenciement dans la fonction publique ». Après tout, cela ne fait que découler du bon sens, aurait-on tendance à penser. Pour rappel, seuls 13 licenciements pour insuffisance professionnelle ont été prononcés en 2023, parmi les 2,5 millions d’agents que compte la fonction publique d’État. La mise en danger d’autrui par exemple, serait-elle moins grave dans le public que dans le privé ? Toujours est-il que cela suffit à lever un tollé de la part des syndicats qui dénoncent une stigmatisation.

Etrange, non ? Pourquoi dans une société équitable, un agent ayant commis une faute ou une insuffisance grave, qui aurait entraîné son licenciement dans le privé, serait-il protégé dans le public ? Plutôt que de se réjouir de se débarrasser d’agents qui dégradent l’image de la fonction publique ou qui pèsent sur le travail de leurs collègues par leurs insuffisances, certains préfèrent brandir la carte de la stigmatisation. Un épisode qui rappelle celui des jours de carence. Ils sont de trois dans le privé contre un seulement dans le public. Fin 2023, le Sénat avait tenté de déposer un amendement, non retenu par le gouvernement Borne. Dans sa lancée, Stanislas Guérini osera-t-il le reprendre à son compte ?